Sept enfants juifs : du passé vers l’avenir, quelles responsabilités portons-nous ?

Commentaire de Cécile Sabourin, Coordonnatrice du Comité Québec/Canada

« Dix minutes de radio pour Sept enfants juifs. Dix minutes de radio pour sortir de nos sempiternels problèmes et s’ouvrir à ceux d’Israël et de Gaza. Dix minutes de radio pour une pièce engagée et bouleversante. Qui dit mieux? », voilà comment se terminait l’article Dix minutes pour Gaza de Nathalie Petrovsky dans «La Presse» du 9 mai 2009.  Elle déplorait  que la pièce Sept enfants juifs de la dramaturge britannique Caryll Churchill ait été diffusée à Montréal presque  « confidentiellement ».  Moins d’un mois plus tard, le 6 mai, la Fondation Charles-Gagnon, en collaboration avec Voix juives indépendantes présentait cette pièce mise en scène par Stéphane Jaques dans le cadre de sa journée sur l’art engagé.  Et ce n’était qu’un début!

Ce n’est pas un hasard si cette pièce a été écrite et diffusée au moment où l’invasion d’Israël dans Gaza remuait les populations à travers le monde.  Elle soulève la question de la mémoire et de ce qu’on en fait.  On ressort de la représentation bouleversé et aux prises avec des émotions partagées par rapport aux horreurs qui se perpétuent – notamment l’incursion soutenue de colons israéliens en Palestine qui suivent, encore de nombreuses années plus tard, les horreurs subies par les Juifs au cours de la deuxième guerre mondiale.  Plus encore, c’est le déchirement que connaissent les parents entre faire œuvre de mémoire en racontant à leurs enfants les pires horreurs du passé ou au contraire les préserver et en quelque sorte enfouir le passé.  Existe-t-il une réponse simple ?  Bien sûr que non !

Les échanges qui ont immédiatement suivi la représentation à laquelle j’ai assisté à Montréal confirment que ce dilemme est encore vivant pour plusieurs personnes, non seulement en ce qui concerne le thème directement abordé dans la pièce mais relativement à tout héritage du passé.  Comment se souvenir mais sans s’alourdir avec des désirs de vengeance ?

Au delà des interrogations précises que cette pièce suscite dans le contexte actuel concernant Israël et de ses politiques – voire les politiques canadiennes -, elle entraîne inévitablement les spectatrices et les spectateurs à réfléchir sur la manière dont le passé s’imprime en chacune, chacun d’entre nous et sur l’usage qu’on en fait.  Que l’on choisisse «de dire ou de ne pas dire», «de se raccrocher au passé ou de le dépasser pour construire», l’enjeu de la responsabilité par rapport à la mémoire se pose.  C’est l’une des raisons qui amène le Comité Québec/Canada  de la Charte des responsabilités humaines à s’associer, en collaboration avec l’équipe montréalaise de Voix juives indépendantes, à l’initiative de diffuser plus largement cette production théâtrale d’abord au Québec, puis éventuellement ailleurs.

À noter que la pièce a été diffusé dans plusieurs villes déjà et est visible dans différentes versions sur YouTube, dont celle du Royal Court theatre de London.

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