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Droits humains : régression et irresponsabilité ?


Commentaire de Cécile Sabourin, Coordonnatrice du Comité Québec/Canada


Les Nations Dés Unies“Les nations désunies ou Comment l’ONU enterre les droits de l’homme” de Malka Marcovich publié aux Éditions Jacob-Duvernet invite à s’interroger sur l’avenir des droits humains dans le monde et surtout sur nos responsabilités collectives à ce propos.

Cet ouvrage constitue un apport significatif à la compréhension et à la réflexion concernant les transformations en cours au sein de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et plus particulièrement les décisions et tractations entourant la disparition de la Commission des droits de l’homme et son remplacement par le Conseil des droits de l’homme.

Résultat d’une recherche et « essai », Les nations désunies présente un point de vue étoffé sur une transition fondamentale et profondément inquiétante du point de vue de Mme Marcovich, à savoir le processus de construction d’une nouvelle approche afin d’« aplanir » des conflits persistants relatifs à l’affirmation des droits humains dans un monde polarisé par des idéologies et des points de vue fort divergents.  En misant sur la recherche à tout prix de consensus, les représentants des pays aux diverses instances de l’ONU occultent des divergences de vues fondamentales et vident de sens des débats politiques pourtant essentiels pour faire progresser le respect universel des droits humains, en particulier assurer que les droits des femmes ne soient pas subordonnés à des préceptes culturels et religieux.

Cet ouvrage soulève de nombreux questionnements en particulier au sujet de la remise en question des acquis et des efforts pour faire progresser la reconnaissance et le respect des droits universels.  Par la présentation de données factuelles portant sur la composition des instances, les décisions, discours et déclarations des responsables et déléguées et délégués des pays et des représentantes et représentants d’ONG de même que les citations fournies provoquent des interrogations qui appellent un approfondissement.  Peu de lectrices et lecteurs possèdent les connaissances qui leur assurent un jugement éclairé sur ces sujets.  Pour sa part, l’auteure n’hésite pas, à la lumière de ses connaissances, expériences et analyses de poser certaines questions essentielles dont plusieurs s’adressent aux principaux acteurs du système onusien et aux ONG internationales.  Parmi ces questions, nous retenons ici celle du « nouvel équilibre » des forces politiques internationales qui se reconstruit suite à l’effondrement du bloc de l’Est et à l’augmentation du nombre de pays représentés à l’ONU. L’auteure y voit un grave problème étant donné les manipulations du langage et l’imprécision, voire l’absence de définition de plusieurs concepts clés.  Marka Malcovich appelle tout particulièrement à l’urgence de se pencher sérieusement sur le sens à donner à la définition et aux pratiques de la démocratie de même qu’au concept et à la réalité de la recherche de consensus.

Il n’est pas inutile de mentionner que, selon Marcovich, les contestations à l’endroit de l’impérialisme et du colonialisme de plusieurs pays européens et de l’Amérique du nord, en particulier des Etats-Unis, au cours des dernières décennies paraissent avoir « aveuglé » ou sclérosé le sens critique des classes politique et diplomatique, voire les organisations non gouvernementales, en provenance des sociétés qui ont adhéré à la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.  Dans leurs interventions récentes, ces derniers ont graduellement mis en veilleuse leur lutte pour renforcer le respect des principes universels et en particulier les droits des femmes, ce au profit du relativisme culturel et religieux.

Le jeu des alliances politiques et conjoncturelles semble beaucoup plus déterminant plusieurs pays agissant au sein d’organisations internationales comme celle des Nations Unies que la défense de l’universalité de ces droits fondamentaux.  C’est aussi le cas du Canada au sujet duquel plusieurs s’interrogent sur des tendances récentes à « politiser » des décisions qui concernant les droits des citoyennes et citoyens en dépit de la Charte des droits et libertés adoptée en 1982 et des acquis « présumés ».

La véritable force d’affirmation des droits humains demeure les initiatives concrètes et la volonté de les respecter et de les faire respecter par tous et chacun à tous les niveaux : de l’individuel au collectif, du local jusqu’au mondial.  Au moment où on célébrait le 6oième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme – la France refuse toujours l’appellation « droits humains » ou « droits de la personne » – il était clair que l’on était encore loin de la reconnaissance et du respect de la dignité et des droits fondamentaux – culturels, sociaux, politiques, économiques – pour toutes et tous.

Outre l’urgence d’une définition de la démocratie pour les institutions onusiennes elles-mêmes un défi pressant concernant le thème et la réalité des droits humains dans le monde est celui d’ancrer la conviction que leur respect constitue une responsabilité partagée, une responsabilité dont la mise en œuvre exige la réflexion, le partage des idées et l’articulation de nouvelles solidarités.

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