Barrick Gold frappe encore : l’irresponsabilité récompensée
Merci à la vigilance de l’Équipe jeunesse de Développement et Paix dans l’Outaouais qui, dans la page libre opinion du quotidien Le Devoir le 25 juillet 2009, dénonce la décision de conférer le titre honorifique le plus élevé au Canada, celui de compagnon de l’Ordre du Canada, au fondateur de la prospère entreprise minière Barrick Gold, une « indigne » représentante de l’exploitation minière au Canada et ailleurs.
Pour celles et ceux qui suivent l’actualité récente, la poursuite bâillon intentée par Barrick Gold à l’endroit de la maison d’Éditions Écosociété pour la publication de «Noir Canada» cristallisait l’hypocrisie des entreprises minières, certains diront leur schizophrénie. Alors que d’un côté, les discours et déclarations de même que quelques actions « charitables » éparses visent à leur construire une certaine façade dite « éthique », les réalités du terrain sont toutes autres. Pillages, destructions environnementales et atteintes aux droits humains sont omniprésents. Cela se passe le plus souvent dans des régions que l’on croit isolées, où habitent des populations que même leurs gouvernements n’hésitent pas à sacrifier au bénéfice de ce qu’ils considèrent le développement et le progrès. Quel progrès que celui d’exploiter des ressources, non renouvelables de surcroît, en laissant derrière une désolation dont les traces se perpétueront pour les générations futures !

Les dénonciations et les mobilisations pour lutter contre l’exploitation sauvage des territoires convoités par les entreprises minières sont nombreuses. Au Canada et ailleurs dans le monde, les sites Web, les films, les articles et les manifesations sont multiples. L’information est là mais encore faut-il faire l’effort de se l’approprier afin d’acquérir la lucidité et la solidarité essentielles afin de renverser le modèle d’exploitation bien implanté et d’imposer le respect des droits des personnes à décider de l’utilisation de leur territoire y compris des conditions de sa mise en valeur. Dans le secteur minier, la dignité des personnes et l’environnement sont présentement bafoués sans nulle conséquence pour les auteurs.
L’Équipe jeunesse de Développement et paix dans l’Outaouais invite les lectrices et lecteurs à visionner
«Mirages d’un Eldorado», diffusé en 2008 exposant les méfaits de Barrick Gold dans la cordillère des Andes et la « résistance intense et pacifique des populations indigènes de la région de Huasco, au Chili, contre le projet minier Pascua Lama, qui bouleverse l’environnement, dont l’accès à l’eau, sans apporter la prospérité ou un début de développement soutenable. » Ce n’est qu’un des projets dont la compagnie vante les bienfaits sur son site.
Les autres pays de l’Amérique latine ne sont pas épargnés par les méfaits des minières canadiennes. Chaque fois que l’exploitation des ressources fait renaître l’appât du gain, le même modèle d’appropriation du territoire, et de la force de travail locale, se déploie. Au nombre des cibles, l’Argentine figure en bonne position. Le pays vivrait un boom minier sans précédent. Selon «Radiografía de la Argentina minera» : « De 2003 à 2007, les investissements dans le secteur minier augmentent de 748%, et des records historiques sont battus en matière de prospection, exploration et production. En 2007, sont recensés 9 gisements exploités, 5 gisements en construction et 140 en prospection ! L’industrie minière connait alors son heure de gloire. »
Il va sans dire que c’est en sacrifiant l’intégrité du territoire et les droits des populations que s’implantent ces entreprises qui se présentent aussi comme des solutions à la crise économique du pays au tournant du siècle. Cette crise avait entraîné une privatisation sauvage, notamment dans le secteur des ressources naturelles. Le contexte de la crise financière mondiale ne semble nullement affecter la marche triomphale de l’industrie minière et son cortège d’effets dévastateurs. Les pollutions chimiques, hydriques et radioactives sont omniprésentes. La préservation des écosystèmes, notamment celle des glaciers s’impose comme objectif auprès des défenseurs de l’environnement, et ceux-ci réussissent à faire adopter à l’unanimité par les deux chambres en octobre 2008, la loi 26.418 de Protection des Glaciers et de l’Environnement Périglaciaire. Un mois plus tard, la présidente de la République d’Argentine, Mme Christina Kirchner, oppose son veto invoquant principalement des raisons d’ordre économique et particulièrement « l’article 6 qui prohibait, entre autres, l’implantation d’infrastructures minières dans les milieux périglaciaires. » Il semble que rien ne puisse arrêter l’exploitation minière, surtout pas la politique minière !
À titre d’exemple, dans la Province de La Rioja, la résistance à l’un des projets de Barrick Gold qui détruira la montagne Famatina et contaminera les environs suscite une très vive résistance de la part d’assemblées citoyennes des départements de Famatina et de Chilecito. Démontrant une forte volonté de préserver leur milieu de vie, elles s’engagent dans un processus d’éducation populaire et de participation citoyenne qui deviendra une mobilisation exemplaire. Franc succès du point de vue de la solidarité et de la dénonciation publique, réussissant même à susciter l’adoption d’une loi pour protéger le site Famatina, elle se termine par une violente répression. Cette lutte le documentaire «Cielo abierto» relate les péripéties démontre sans équivoque que les « forces démocratiques » pèsent présentement peu devant la collusion entre les entreprises multinationales et les pouvoirs politiques.
Les défenseurs des droits humains et du développement soutenable en Argentine ne baissent pas les bras et poursuivent leur lutte contre les pratiques abusives des minières. La voie de l’éducation – populaire et formelle – s’impose afin d’implanter depuis la base une conscience que la protection des droits sociaux et économiques et la préservation des milieux de vie font partie intégrante des luttes pour la dignité humaine.
Comme l’écrivait dans un texte non publié Angela Pino, du Comité Cono sur de la Charte des responsabilités humaines : « Violencia, atropello , insultos para los ciudadanos responsables que con sus redes construidas a partir de la discusión participativa, recurren a la movilización pacífica y se encuentran con la represión, pero si hasta parece “ayer” cuando los militares y la policial combinaron sus acciones y logísticas para dejar más de 30.000 desaparecidos, parece que no existe el mínimo aprendizaje que nos dejó ese horror.
De que democracia hablamos,? si no se respeta la participación ciudadana en los proyectos, ésta democracia débil, no representativa, reprime, viola los derechos humanos para beneficiar a multinacionales que sólo han dejado por donde han pasado más desastre , pobreza, enfermedades y escombros. »
Nul ne doute que le modèle bien rodé de mise en œuvre d’exploitations minières nécessite des stratégies de confrontation encore plus énergiques et s’appuyant sur de nouvelles solidarités. De larges coalitions ont réussi des avancées cependant un renversement de la situation dans son ensemble n’adviendra que si les lois des différents pays sont non seulement modifiées mais strictement mises en application. Il y a de multiples luttes en perspective surtout lorsqu’on constate que M. Peter Munk qui dirigeait Barrick Gold au moment du dépôt de la poursuite à l’endroit de la maison d’Éditions Écosociété est élevé au plus haut rang de l’Ordre du Canada par la Gouverneure générale du pays.

Défendre les droits humains et la démocratie – Se taire est irresponsable
DROITS ET RESPONSABILITÉS SONT-ILS COMPATIBLES ?