BDS et liberté d’expression : où tracer la ligne?
Commentaire de Cécile Sabourin, coordonnatrice du Comité Québec/Canada, Charte des responsabilités humaines
Le 2 octobre dernier, regroupement College and University Workers Unitd (CU WU) * recevait Gabi et Haifa Baramki afin d’échanger sur l’initiative de boycott académique et culturel dont ils font la promotion dans le cadre de leur visite à Montréal, visite au cours de laquelle le sujet du Boycott Divestment and Sanctions (BDS) sera à l’ordre du jour du Forum social québécois.

Ayant été actif au sein du Conseil palestinien pour l’enseignement supérieur, au Conseil pour la justice et la paix en plus d’exercer entre 1974 et 1993 la fonction de président de l’Université Birzeit de Ramallah, M. Baramki possède une longue expérience qui l’a conduit à devenir membre fondateur de l’initiative d’un boycott académique et culturel envers Israël. Il considère que le boycott s’inscrit dans une stratégie non-violente, voie qu’il a privilégiée depuis de nombreuses années. Dans sa présentation il n’a pas manqué de rappeler que l’occupation de la Palestine et l’expulsion des habitants qui vivaient dans les territoires désormais occupés demeure un problème qui ne trouve aucune solution, en dépit d’accords dont on sait qu’ils n’ont eu aucune suite. Dans ces circonstances, il ne reste qu’à recourir aux pressions de sympathisants en provenance de l’étranger. C’est dans cet esprit que le boycott a été proposé et fait maintenant l’objet d’une intense promotion.
Les échanges qui ont suivi la présentation soulèvent de nombreuses questions dont certaines demeurent sans réponse définitive. Je suis toutefois particulièrement interpelée par cette demande de boycott des activités académiques qui heurte la tradition de défense de la liberté académique dans les universités et les collèges, par ce boycott culturel qui pourrait museler des voix israéliennes œuvrant activement contre l’occupation. À cette question, M et Mme Baramki rétorquent par un message très clair à l’effet qu’il n’est nullement question de s’attaquer à la liberté fondamentale des professeures. des autres personnels académiques, ou même des artistes individuellement. Le boycott viserait les institutions.
Il reste cependant que l’enjeu est controversé et le demeurera dans le contexte québécois et canadien où la liberté d’expression intellectuelle et artistique constitue une valeur et surtout un droit à défendre. À titre d’ex-présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) de 2005 à 2009, l’appel au boycott académique et culturel m’interpelle de manière directe et certainement plus fondamentale que n’importe quel boycott économique, celui des investissements en Israël et en territoires occupés et du commerce avec des entreprises actives sur le sol israëlien.
Lorsque j’y pense, je me demande si l’adhésion au boycott – par les diffuseurs – m’aurait privée de voir Z32 du réalisateur Avi Mograbi ?
* Un regroupement de travailleuses et travailleurs dans les universités et collèges québécois désireux de s’engager au regard d’enjeux sociaux. Les participantEs actuels proviennent principalement des établissements anglophones.

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