Avenir des technosciences : irresponsabilité généralisée?
Le Comité Q/C de la Charte des responsabilité humaines, en collaboration avec le Comité québécois « sciences et démocratie », la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) et la Revue Relations, offrait l’atelier Technoscience : mythe et réalité, dans le cadre du Forum social québécois le 9 octobre à Montréal. Vingt-cinq personnes sont venues entendre les présentations et discuter des enjeux et des conséquences qu’entraînent les choix politiques en matière de bioindustries au Québec et au Canada.
Gilles Bibeau, anthropologue et professeur à l’Université de Montréal, dressait un portrait d’ensemble en soulignant les principaux enjeux et débats relatifs à la dépendance croissante de la recherche scientifique par rapport à l’industrie. Cette dépendance, en particulier dans le domaine pharmaceutique, rend de plus en plus criante la nécessité d’éthique et de transparence. D’un point de vue strictement scientifique, il dénonçait le réductionnisme en vigueur dans le champ de la biologie et des neurosciences. Ce réductionnisme affectant la définition des problèmes et la recherche de solutions représenterait, à son avis, le plus grand danger auquel l’humanité est confrontée.
Deux présentations ont permis d’illustrer de manière concrète combien les perspectives commerciales influençaient les interventions gouvernementales désormais tournées vers la facilitation de la mise en marché de produits. En traitant des nanotechnologies Simon Beaudoin, doctorant à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, expliquait comment les propriétés alléchantes des nanoparticules avaient suscité une réaction «inacceptable» de la part des agences canadiennes de contrôle. Voulant faciliter les applications commerciales, on s’est contenté d’appliquer le cadre réglementaire en opération, permettant ainsi de limiter la recherche relative aux risques. Une nouvelle réglementation aurait dû être développée afin de faire face aux risques potentiels que ces nouvelles technologies imposent aux humains et à la planète.
Marie-Hélène Bacon, doctorante en Sociologie de l’UQAM et des pharmacultures, notait la croissance phénoménale des recherches et expérimentations dans le domaine des cultures génétiquement transformées, le Canada se présentant presque comme un paradis pour ces activités. Les investissements publics sous formes de subventions et de dégrèvements fiscaux se conjuguent à une diminution des budgets et à l’ajustement des règles de contrôle au sein des agences de protection de la santé et de l’environnement afin de passer sous silence des risques qui pourraient nuire à l’expansion commerciale de ces productions. On parle désormais de réglementation intelligente, nouveau terme pour désigner la réglementation considérée comme un outil de développement économique.
Lionel Larqué, de la Fondation Sciences citoyennes et des Petits débrouillards (France) s’était vu confier la tâche de parler de la mobilisation internationale au regard de la démocratisation des sciences et technologies. Faisant une démonstration convaincante des moyens mis en place, notamment aux Etats-Unis, afin de faciliter l’appropriation des connaissances par les grandes entreprises – brevets, startups, fonds de risque – il a contribué à démontrer la nécessité de regrouper les forces à l’échelle internationale et dans les différents pays afin de contrer la mainmise des financiers et des entreprises privées sur les découvertes en sciences et technologies.
Le Forum mondial « sciences et démocratie » constitue présentement cet espace, favorable à la concertation et la mobilisation, auquel les organisateurs de l’atelier souhaitent apporter une contribution.
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