Contrer la privatisation du savoir : une responsabilité partagée

La grande conférence sur la privatisation du savoir, organisée par le Secrétaire général de l’organisation ATTAC-Québec, M. Claude Vaillancourt dans le cadre du Forum social québécois fut diffusée en direct sur Internet, donc accessible à tous ceux et celles qui souhaitaient entendre la conférencière et les conférenciers s’exprimer au sujet de différentes  facettes de l’intrusion du privé dans les domaines du savoir.  La coordonnatrice du Comité Q/C sur la Charte des responsabilités humaines, Cécile Sabourin,  présidait cette Conférence.  Elle profitait de l’occasion pour faire connaître l’initiative du Forum mondial « sciences et démocratie » ainsi que le travail du Comité québécois en lien avec cette initiative.

L’objectif de la Conférence était d’alerter les participantes et participants à l’un des enjeux majeurs de ce début de siècle, celui de préserver le savoir comme bien commun et son corollaire l’urgence de prendre conscience des forces et des moyens mis en œuvre pour l’appropriation privée des savoirs.  Savoir ce qui se passe précède l’action.

img_2875-amg-et-csAnne-Marie Gingras, professeure en sciences politiques de l’Université Laval abordait les questions relatives aux media et à l’information.  Sa présentation s’appuyait sur la reconnaissance du rôle essentiel des media dans la transmission de l’information dans nos sociétés.  Soumises à des problèmes de rentabilité et dans une concentration croissante de leurs activités, les entreprises qui assument ces fonctions sont de plus en plus vulnérables à l’adoption de pratiques nuisibles à l’analyse critique et à la libre circulation des informations.  Plusieurs craignent que leurs décisions soient prises essentiellement sous l’angle de la rentabilité et que les conflits d’intérêt s’accumulent.  Le rôle des pouvoirs publics, en particulier la réglementation sous la responsabilité du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), devient alors crucial.  Pourtant, les décisions récentes prises par le CRTC laissent croire que l’intérêt du public est passé au second rang de ses priorités.  À la question « que faire? »,  Mme Gingras invite, entre autres, tous et chacun à faire des pressions de nature politique sur les media eux-mêmes et sur le CRTC, à soutenir les media alternatifs et à s’éduquer par rapport au secteur des media.  Anne-marie Gingras vient de publier Media et démocratie – Le grand malentendu.

Pierre Hébert rappelait le rôle essentiel de l’université comme « espace public de l’intellectuel collectif ».  Institution spirituelle vouée, entre autres, à l’émancipation de l’esprit, l’université agit par la voie de la connaissance en assumant ses missions d’enseignement et de recherche.  Toute intrusion des valeurs propres au système capitaliste et au marché ne peut qu’avoir des effets destructeurs sur l’avenir des universités et sur celui de la société québécoise.  Professeur en études littéraires à l’Université de Sherbrooke, M. Hébert terminait le 31 mai 2009 un mandat de vice-président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) et à ce titre il a contribué à l’élaboration des positions soutenues par la FQPPU, notamment au regard de la nécessité d’arrêter les interventions à la pièce pour solutionner des problèmes vécus dans les universités et de tenir des États généraux sur les universités.

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Marc-André Gagnon, rattaché au Centre des politiques en propriété intellectuelle de la Faculté de droit de l’Université McGill, a mis en lumière les moyens actuels par lesquels les innovations scientifiques et technologiques tombent dans le giron des entreprises privées.  Tout le système d’attribution des brevets a été façonné afin de répondre aux besoins du capitalisme corporatif qui tient à s’approprier les fruits du travail intellectuel.  Spécialiste du domaine pharmaceutique, M. Gingras a bien montré comment il n’est plus nécessaire d’innover réellement – développer des produits complètement nouveaux – afin de profiter de ventes records (blockbusters).  Les vraies innovations seraient peu nombreuses alors que la croissance des ventes de médicaments est sans précédent.  Préoccupé de l’accès universel aux connaissances et aux innovations, M. Gingras appelle à d’autres formes d’évaluation de l’innovation que celles qui profitent présentement au secteur pharmaceutique et guide généralement l’attribution de budgets de recherche.  Il soutient que le savoir crée l’abondance.  Lorsque partagé, il détruit la valeur – monétaire – que le milieu des affaires et l’économie capitaliste lui accorde.  Tout un défi – pourtant déjà entrepris – pour la science économique!

Claude Vaillancourt a mis l’accent sur les formes diverses – exogènes et endogènes – de la privatisation dans le domaine de l’éducation.  L’importance stratégique des connaissances transmises dans les établissements scolaires n’échappe pas au secteur privé qui voit en eux des cibles privilégiées.  Le milieu des affaires et ses principaux représentants sont actifs dans toutes les sphères où se négocient les conditions de la « marchandisation des connaissances », l’objectif étant d’ouvrir des brèches afin de favoriser l’inclusion de l’éducation dans les marchés.  Entre autres exemples, Claude Vaillancourt a souligné l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) et les accords bilatéraux qui ont été dans la mire de ces groupes de pression et les palmarès qui ont soutenu la volonté de mettre en concurrence les établissements, ce qui a commencé à transformer les conditions de la pratique enseignante.  Les impacts de l’intrusion du privé à l’intérieur et dans img_2898-cv-et-mol’environnement contextuel scolaire constituent un réel danger pour la transmission de la pensée critique, notamment par rapport aux valeurs du secteur privé.  Claude Vaillancourt a publié sur le sujet dans l’ouvrage Mainmise sur les services.

Maxime Ouellet, doctorant à la Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie de l’UQAM rappelait la place qu’occupent les outils informatiques dans la construction des sociétés actuelles.  Ces outils sont « aveugles » parce qu’ils permettent tout autant le déploiement des marchés sur toute la planète qu’ils nous laissent espérer que la démocratisation de l’accès aux connaissances, reconnues comme bien commun, est possible.  L’usage que les utilisatrices et les utilisateurs en feront dans l’avenir révélera tous les potentiels de ces outils.

Les présentations donnèrent lieu à des questions et commentaires de la part des participantes et participants qui furent près de 150 à assister à une portion ou à l’ensemble de la Conférence.  Celle-ci a permis de montrer que la privatisation appréhendée du savoir est bien réelle et qu’il est réellement urgent de s’y attaquer, chacun, chacune en assumant les responsabilités qui sont les nôtres.

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