LES NOUVEAUTÉS / LATEST POSTS

Recherche scientifique et décision politique

Cécile Sabourin, comité québécois, sciences et démocratie et coordonnatrice, comité Québec/Canada de la Charte des responsabilités humaines

Clermont Gauthier et Anthony Cerqua signaient le texte Sur quoi repose une décision politique ? dans la page Idées du journal Le Devoir le 2 septembre 2010.  Ce texte porte un dur coup à l’idée que les chercheures et chercheurs universitaires se font de l’importance et de la qualité de leurs propres recherches.  Mettant en évidence les résultats d’une recherche exploratoire effectuée aux Etats-Unis par Nelson, Leffler et Hansen, publiée en 2009, les auteurs soulèvent un questionnement essentiel  au regard des fondements des décisions politiques, dans ce cas-ci en matière d’éducation.

reportEn dépit des limitations clairement exprimées, le Rapport Toward a Research Agenda for Understanding and Improving the Use of Research Evidence exprime clairement que de nombreuses considérations autres que les résultats des recherches scientifiques contribuent aux décisions d ‘ordre politique dans le domaine de l’éducation.  Lors de la prise de décisions « … les participants disent être influencés par des considérations politiques, légales, économiques, par l’opinion publique, par la pression des medias et par le bien-être des individus. »  Il ressort aussi que les répondants  « n’établissent pas de distinction entre les résultats fondés sur la recherche empirique (scientifically based research) et les autres sources d’information comme les medias, les revues de vulgarisation professionnelle, l’expérience (leur propre expérience ou l’expérience des autres) et l’intuition.  Les participants disent utiliser ces sources d’information de façon « interchangeable », comme si l’une valait l’autre. »

Cette étude très fouillée effectuée dans le contexte étatsunien peut-elle nous alerter quant aux circonstances d’ici, à savoir l’existence d’un fossé entre les milieux scientifiques et les instances décisionnelles dans l’un ou l’autre secteur d’activité.  Pour les universitaires qui ont à cœur de contribuer par leurs travaux au mieux-être de la société tout comme pour les contribuables qui ont des attentes à l’endroit des chercheures et chercheurs qui reçoivent une grande partie de leur soutien financier des pouvoirs publics, la question mérite d’être posée.

Au nombre des réponses avancées par Nelson, Leffler et Hansen pour faciliter l’utilisation des données scientifiques par les milieux de pratique, qui sont reprises dans le texte de Gauthier et Cerqua, on mentionne « la qualité et le format des données de recherche » du fait de la « préférence pour les rapports de recherche d’une ou deux pages, écrits avec un police de grande taille et rédigés dans un langage non technique »,  les structures organisationnelles qui ont un devoir d’encourager l’utilisation des données de recherche et enfin les intermédiaires entre chercheures, chercheurs et utilisateurs.  Les responsabilités sont inévitablement partagées.

Gauthier et Cerqua en profitent pour alerter la nouvelle ministre québécoise de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) quant aux personnes qu’elle « écoutera » et dont elle s’entourera au moment où elle déclare qu’elle se veut « à l’écoute ».

Share

Leave a Reply

 

 

 

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Spam Protection by WP-SpamFree